Rue de l’Éperon

A H. Giacomelli
Mon jardin est situé rue

De l’Éperon. Il est joli

Comme une oasis, apparue

En rêve, ô Giacomelli!
Devant son ombre taciturne

Où le soleil vient par éclairs,

Les vieux arbres géants de Furne

Dressent leurs beaux feuillages clairs.
Joignant leurs branches familières,

Vivaces comme les abus,

Sur la maison grimpent deux lierres

Impérieux, aux troncs barbus.
Parfois même ils font une ligne

Droite, jusque chez le voisin,

Et près d’eux s’étale une vigne

Qui ne produit pas de raisin.
Elle s’offre au jour qui la fête

Et rit avec frivolité,

Car tout porte, chez le poëte,

Ce cachet d’inutilité.
Mes rhododendrons s’aguerrissent,

Et quant à mes sveltes lilas,

D’abord, une année, ils fleurissent,

Puis, l’autre année, ils sont trop las.
Pour mes roses ambroisiennes,

Elles ont dans leur teint vermeil

Des pâleurs de Parisiennes

Trop oublieuses du sommeil.
Puis, dédaignant les ritournelles,

Mille oiseaux, devant mon palais,

Improvisent des villanelles,

Des rondeaux et des triolets,
Et fuyant les rimes d’Alzire,

Ils en font un recueil entier

Que publiera, s’il le désire,

Notre ami Georges Charpentier.
L’oeil irisé comme une perle,

Fin comme un pastel de Renoir,

Sous les arbustes flâne un merle

Du meilleur monde, en habit noir.
Austère et lisse, il doit écrire

Dans quelque Journal des Débats,

Où l’on trouve bien de quoi frire;

Il est correct, il a des bas.
C’est un seigneur, du cant esclave!

Mais l’oiselet musicien

Dit: Évitons cet oiseau grave,

C’est un académicien.
Juillet 1879.

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Théodore de Banville Apprenti Poète

Par Théodore de Banville

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du bonheur ».

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Grâces

Je veux qu’on sçache au vray comme elle estoit armee