Chant de la précarité

Je chanterai la mort comme on chante la rose,

et, troubadour, j’irai sur les collines,

dire que rien n’est doux

comme ces longues funérailles

où, deux par deux, les cyprès réconfortent

le cortège des veufs, tandis que les comètes,

avec solennité, leur caressent le front.

J’enseignerai dans les écoles,

entre l’histoire et la philosophie,

un art subtil mais douloureux :

celui de n’être pas, celui de se dissoudre,

et les élèves m’en seront reconnaissants ;

ils apprendront cette précarité,

qui leur sera précieuse

plus que la lune au bout de sa ficelle,

plus que la mangue acide où se brisent leurs dents.

Du malheur je ferai un simple givre ;

de la peine, un ruisseau pour la soif des poulains ;

de l’abîme, un miroir aux trois mille cigognes ;

de la désespérance, un mois de mai

qui revient en automne et remplace novembre.

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