Ermione

Le ciel suave était jonché de pâles roses…
Tes yeux tendres au fond de ton large chapeau
Rêvaient : tu flottais toute aux plis d’un grand manteau,
Et ton coeur, qu’inclinaient d’inexprimables choses,

Le ciel suave était jonché de pâles roses…
Se penchait sur mon cœur comme un iris sur l’eau.

Le ciel suave était jonché de violettes…
Avec je ne sais quoi dans l’âme de transi,
Tu souriais, pâlotte, un sourire aminci ;
Et ton visage frêle avait, sous la voilette,

Le ciel suave était jonché de violettes…
Les tons pastellisés d’un Lawrence adouci.

Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,
Des mots, des frôlis d’âme en longs regards croisés,
De la douceur fondue en gouttes de baisers,
Une étreinte de sœurs, une joie un peu triste,

Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,
Un musical amour sur les sens apaisés.

Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Que le désir suivait comme un fauve dompté.
Je respirais parmi le soir, ô pureté,
Mon rêve enveloppé dans tes voiles de femme.

Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Et je sentais mon cœur se dissoudre en bonté,

Et quand je te quittai, j’emportai de cette heure,
Du ciel et de tes yeux, de ta voix et du temps,
Un mystère à traduire en mots inconsistants,
Le charme d’un sourire indéfini qui pleure,

Et, dans l’âme, un écho d’automne qui demeure,
Comme un sanglot de cor perdu sur les étangs…

Voter pour ce poème!

Albert Samain Apprenti Poète

Par Albert Samain

Albert Samain, né le 3 avril 1858 à Lille et mort le 18 août 1900 à Magny-les-Hameaux, est un poète symboliste français.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Laissez la muse vous guider, comme elle l'a fait pour Lamartine. Commentez et émerveillez-nous.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Elégie

Le Même Numéro