Arles

Arles, tes Alyscamps sont pleins d’éclats de rire ;
C’est là que les amants aujourd’hui vont se dire
L’éternité de leurs amours :
Les sarcophages creux, aux deux bords de la route,
Sont leurs bancs familiers, et la Mort les écoute
Quand ils disent ce mot : toujours.

Oh ! qui d’eux ou de vous, tombeaux de pierre creuse,
Qui dit vrai Les amants ont la jeunesse heureuse,
Vous le néant du souvenir ;
Mais chaque Avril vieillit les amants ; vous, les tombes
Pleines de mousse humide où boivent les colombes,
Chaque Avril vous fait rajeunir.

Ô portiques, châteaux qui croulez, la lumière
Sur vos frontons noircis joue à travers le lierre,
Et vous fait paraître vivants.
Ruines, devant vous le passant cherche et songe ;
Est-ce la vie ou bien la mort, l’herbe qui ronge
Vos murs qui tremblent à tous vents ?

Sous les arceaux du cloître une servante alerte
Vient pour emplir sa cruche au puits ; la cour déserte
S’étonne du bruit de son pas ;
Toi, vieux puits, que sais-tu de la vie éternelle ?
– « La corde lentement a fendu ma margelle,
Mais ma source ne tarit pas. »

Toi, cirque immense, où sont tes héros, tes athlètes
Qui voyaient autour d’eux tant de milliers de têtes,
Tant d’yeux attentifs, tant de mains ? –
Deux colonnes, voilà ce qui subsiste encore
Du théâtre où l’acteur sous le masque sonore
Rythmait les larges vers romains.

Quoi ! tout serait-il mort ? Rien n’est resté d’un monde ?
Taisons-nous, écoutons : cette terre féconde
Devient si dure en s’échauffant
Qu’émue au moindre choc elle sonne, elle vibre,
Et qu’on entend frémir son âme antique et libre
Même sous les pas d’un enfant.

Ne nommons pas la mort dans cette cité d’Arles
Où tu grondes, ô Rhône ! ô Mistral, où tu parles !
Où, sous l’azur toujours serein,
Le taureau camarguais dompté mugit de honte,
Où quand on met le pied sur la terre, il en monte
Un bruit fort comme un chant d’airain !

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