Bienvenue et adieu

Mon coeur battait fort, vite en selle!
Et, sitôt, j’étais à cheval
Le soir déjà berçait la terre
La nuit pendait aux montagnes.
Déjà, le chêne avait son costume de brume,
Tour gigantesque dressée, là,
Dans la broussaille ténébreuse,
Où m’observaient cent regards noirs.

La lune au sommet d’un nuage
Passait un regard langoureux,
Les vents à lents frottement d’ailes
Sifflaient, lugubres, à mes oreilles .
La nuit façonnait mille monstres.
Pourtant, j’étais joyeux et gai.
Ô, la fournaise dans mes veines !
Ô, la braise ardente en mon cœur.

Je t’ai vue, et la joie si tendre
De tes doux yeux m’a inondé ;
Tout mon coeur était près du tien,
Et tous mes souffles étaient pour toi.
Une rose aurore de printemps
Nimbait le visage charmant,
Et la tendresse – ô Dieu – pour moi!
Je l’espérais, mais sans la mériter!

Las, dès le soleil du matin,
Les adieux m’étreignaient le cœur :
Quelle extase dans tes baisers !
Et dans ton regard, quelle douleur!
Je suis parti, tu es restée, les yeux baissés
Et tu m’as suivi, les yeux baignés de larmes,
Quel bonheur, pourtant, d’être aimé!
Et d’aimer, ô dieux, quel bonheur!

6 janvier 1771

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre
Anthologie bilingue de la poésie allemande
Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

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