Va, poète, écris !

Ne cherchez pas, en vain, à vivre de ces signes,

En pâture, jetés comme à des chiens voraces.

Les mots sont abusés. Le lucre les encrasse :

Mercantile pillage ou bien plaie d’entre-ligne.
Qui veut bien recueillir, en ces maudites vignes,

Le sang frais des mots purs que le siècle, en impasse,

Détourne ainsi qu’un fleuve où plongent des rapaces ?

Bradés au médiocre, il est des mots très dignes
De l’estime de l’homme : eux seuls gardent encore,

Aux portes du silence, harmonieux l’accord

Signé entre coeur fou et sage conscience.
Va, poète, écris ! Les remparts de la pensée,

D’affiches, sont couverts… Si tu veux repousser

Les assauts du mensonge, honore l’alliance…
Patrice Cosnuau

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