Désormais le Sage, puni

Désormais le Sage, puni
Pour avoir trop aimé les choses,
Rendu prudent à l’infini,
Mais franc de scrupules moroses,

Et d’ailleurs retournant au Dieu
Qui fît les yeux et la lumière,
L’honneur, la gloire, et tout le peu
Qu’a son âme de candeur fière,

Le Sage peut dorénavant
Assister aux scènes du monde,
Et suivre la chanson du vent.
Et contempler la mer profonde.

Il ira, calme, et passera
Dans la férocité des villes,
Comme un mondain à l’Opéra
Qui sort blasé des danses viles.

Même, — et pour tenir abaissé
L’orgueil, qui fit son âme veuve.
Il remontera le passé.
Ce passé, comme un mauvais fleuve,

Il reverra l’herbe des bords.
Il entendra le flot qui pleure
Sur le bonheur mort et les torts
De cette date et de cette heure !…

Il aimera les cieux, les champs,
La bonté, l’ordre et l’harmonie,
Et sera doux, même aux méchants,
Afin que leur mort soit bénie.

Délicat et non exclusif,
Il sera du jour où nous sommes :
Son cœur, plutôt contemplatif.
Pourtant saura l’œuvre des hommes.

Mais, revenu des passions.
Un peu méfiant des « usages »,
À vos civilisations
Préférera les paysages.

Voter pour ce poème!

Paul Verlaine Apprenti Poète

Par Paul Verlaine

Paul Verlaine est un écrivain et poète français du XIXᵉ siècle, né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. Il s'essaie à la poésie et publie son premier recueil, Poèmes saturniens en 1866, à 22 ans.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Votre plume est une baguette magique. Faites de notre forum un lieu enchanté, à la manière de Cocteau.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Chanson d’automne

La princesse Bérénice