Limbes

L’imagination, reine,
Tient ses ailes étendues,
Mais la robe qu’elle traîne
A des lourdeurs éperdues.

Cependant que la Pensée,
Papillon, s’envole et vole,
Rose et noir clair, élancée
Hors de la tête frivole.

L’Imagination, sise
En son trône, ce fier siège !
Assiste, comme indécise,
À tout ce preste manège,

Et le papillon fait rage,
Monte et descend, plane et vire :
On dirait dans un naufrage
Des culbutes du navire.

La reine pleure de joie
Et de peine encore, à cause
De son cœur qu’un chaud pleur noie,
Et n’entend goutte à la chose.

Psyché Deux pourtant se lasse.
Son vol est la main plus lente
Que cent tours de passe-passe
Ont faite toute tremblante.

Hélas, voici l’agonie !
Qui s’en fût formé l’idée ?
Et tandis que, bon génie
Plein d’une douceur lactée,

La bestiole céleste
S’en vient palpiter à terre,
La Folle-du-Logis reste
Dans sa gloire solitaire !

Voter pour ce poème!

Paul Verlaine Apprenti Poète

Par Paul Verlaine

Paul Verlaine est un écrivain et poète français du XIXᵉ siècle, né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. Il s'essaie à la poésie et publie son premier recueil, Poèmes saturniens en 1866, à 22 ans.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Écrivez comme un Verlaine, commentez comme un Hugo, et vous serez un pilier de notre communauté poétique.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Sur un reliquaire

Chanson d’automne