Amen

Amen non pas le mot final mais celui que la Fin profère Dès l’origine et qui contient tout l’Œuvre avant qu’il en soit rien Ce dernier souffle est le premier et justifie la phrase entière Que le chantre à demi dressé dans sa stalle connaît déjà La phrase entière de l’effort qui le ramène à la naissance Et qui tient toute dans le ton de la syllabe du début L’éternité est faite ainsi que dès le germe elle est parfaite Tout en cherchant à s’accomplir de l’énigme de chaque instant Puisque d’avance son Amen laisse sans fin le temps béant

Le moine dès son premier mot s’éjouit de sentir bientôt L’épuiser le silence issu neume ultime de sa poitrine Silence et souffle ne font qu’un aussi longtemps qu’il psalmodie Mais il a hâte d’en mourir pour que du chant il ne demeure Que la voûte du Vide saint portée plus haut par son désir Par-dessus lui qui sous la coule anéanti entende l’ombre Que d’âge en âge avec la voûte allège cette unique Voix De souffle en souffle s’augmentant sans cesser d’être à la mesure — Qu’un seul le chante ou qu’ils soient cent — de ce plain-chant ni haut

[ni bas

Croire que le Maître du chœur est anonyme sous la coule

Est donc en toute humilité pour chaque frère dont il est

Être sûr que sa propre voix meut tout le chœur en sa lecture

Elle qui n’ose s’élever qu’amplifiée de n’être rien

Qu’un peu de cette masse d’air qu’avant le Chant le Maître inspire :

Puisque la moindre part du Souffle est éternelle comme lui Même celui qui chante faux mais suit si gauchement l’ensemble Gage sa résurrection sur son désir en lui de l’Un Sur son désir de l’Un en tous il gagne le salut des mondes.

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