Le Voile du Temps

Le temps passe à des gens plus vieux. La lumière froide qui sort de leurs yeux n’appelle pas le jour. Ils regardent en dedans pour ne rien voir. Des gens, des souvenirs pénibles

y remuent. Parfois des formes se précisent et leurs têtes se penchent lentement. Ils sont émus.
Entre les fenêtres qui se croisent on n’écoute pas. Le soir vient et la lampe traverse la maison. Un oiseau de nuit chante, une voix de femme lui répond. Mais celui qui est parti

n’est pas encore revenu.
A genoux devant son image elle demande pardon. Un son de cloches frôle le toit, une ombre a remué dans le rideau du fond. Une pluie d’étoiles descend du cadre où il y a un

mort. Le feu d’en bas s’éteint peu à peu.
Devant la porte par où les vieillards sont sortis il y a un trou et un voÛe de neige qui tombe pour nous empêcher de voir. Le vent qui souffle nous fait trembler — ou la

peur qui vient des limites qu’on ne connaît pas.

Pierre Reverdy

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