Alors, j’ai pris mon oiseau-mouche, ma crécelle,

mon cœur, mon arbre nain, et me suis éloigné, dans une vie nouvelle,

chez les êtres bénins :

le boulanger qui rit, la serveuse qui chante,

l’enfant sur le trottoir.
Le jour vient m’embrasser; la nuit n’est pas

[méchante :

j’y parle à mon miroir,

j’y suis heureux parfois comme on l’est sans la crainte

ni le pressentiment.
Une musique boude, une rose est enceinte :

je crois qu’en les aimant,

j’échappe au poids de mon passé, je me rassure.

Le tournesol est frais comme un livre bien lu.
Car chaque chose pure

veut m’accorder un prêt :

je suis le jeune prince au bord de la cascade

ou le doux pèlerin accueilli par l’étoile.
Un navire est en rade,

chaque fois que j’enfreins

les règles de la pesanteur.
Une magie

s’empare de mon corps pour qu’il change de forme, et mon âme assagie

s’accepte sans effort.

Le tailleur se confie, la lavandière est tendre.

Si la lune se perd, je lui offre mon toit.
Je ne veux plus entendre

ces poèmes pervers

où les mots sont tordus!
Mais que fait l’oiseau-

[mouche,

à devenir condor ?
Ma crécelle se tait, mon arbre s’effarouche

comme si j’étais mort.

A Propos de l'Auteur

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