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Je reviens

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Mais enfin où sommes-nous

Je lustre de deux doigts le poil de la vitre

Un griffon de transparence passe la tête

Au travers je ne reconnais pas le quartier

Le soir tombe il est clair que nous allons depuis

longtemps à l’aventure
Doucement doucement voyons
Et moi je vous dis qu’il y avait une plaque là à gauche

Rue quoi
Rue-où-peut-être-donné-le-droit-à-la-bonne-

chére
Et dix-sept cents francs au compteur c’est insensé
Qu’attendez-vous pour consulter votre plan nom de

Dieu
Mais le chauffeur semble sortir d’un rêve
La tète tournée à droite il lit à haute voix
Rue-des-chères-bonnes-âmes
Eh bien

Ça ne lui fait ni chaud ni froid
Bien mieux il parle de reprendre la course
Il a déjà la main sur son drapeau
Où allions-nous j’ai oublié

Nous entrons dans un tabac vermoulu

Il faut écarter d’épais rideaux de gaze grise

Comme les bayahondes d’Haïti

Au comptoir une femme nue ailée

Verse le sang dans des verres d’éclipsé

Les étiquettes des bouteilles portent les mots
Libres

Pêcheurs
Gondine on dirait de l’eau-de-vie de

Dantzig
Evita de
Martines
Et les boites de cigares flamboient d’images d’échauf-

fourées
La merveille au mur est un éventail à soupiraux
Madame sommes-nous encore loin de
Chorhyménée
Mais la belle au buisson ardent se mire dans ses ongles
Des joueurs au fond de la pièce abattent des falaises

de vitraux
Nous rebroussons

La route est bordée de maisons toutes en construction
Dont pointe le pistil et se déploient en lampe à arc les étamines

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Écrit par André Breton

André Breton, né à Tinchebray dans l’Orne, le 19 février 1896, mort à Paris le 28 septembre 1966, est un poète et écrivain français, principal animateur et théoricien du surréalisme.

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