On dit qu’à Noël…

À Mademoiselle M. R.
On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,

l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.

Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :

les étoiles font un reposoir et sont des roses.
L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.

On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont

un grand mystère sous leurs humbles fronts.

Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.
Ils sont les amis des grandes prairies luisantes

où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent

auprès des marguerites pour qui c’est dimanche

tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.
Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes

qui chantent une sorte de petite messe

délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes

et les fleurs des trèfles les admirables cierges.
L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela

parce qu’ils ont une grande simplicité

et qu’ils savent bien que toutes les vérités

ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.
Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles

volent comme de petits morceaux de soleil,

je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette

de petits pantalons en étoffe grossière.
Et je veux que le bœuf qui, aussi, parle au Bon Dieu,

ait, entre ses cornes, un bouquet frais de fougères

qui préserve sa pauvre tête douloureuse

de l’horrible chaleur qui lui donne la fièvre.
1897.

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