Ma biographie

À Henri d’Ideville.
Le torrent que baise l’éclair

Sous les bois qui lui font des voiles,

Murmure, ivre d’un rhythme clair,

Et boit les lueurs des étoiles.
Il roule en caressant son lit

Où se mirent les météores,

Et, plein de fraîcheur, il polit

Des cailloux sous ses flots sonores.
Tel, je polissais, cher Henri,

Des vers que vous aimez à lire,

Depuis le jour où m’a souri

Le chœur des joueuses de lyre.
J’ai voulu des amours constants

Et, sans me ranger à la mode,

J’ai chéri les cris éclatants

Et les belles fureurs de l’Ode.
Quand, tout jeune, j’allais rêvant

Avec ma libre et fière allure,

Ce fut le caprice du vent

Qui me peignait la chevelure.
C’est au fond du détroit d’Hellé

Que j’ai voulu chercher mes rentes,

Et je n’ai jamais plus filé

Qu’un lys au bord des eaux courantes.
Mais parfois, lorsque, triomphant,

J’enfourchai mes hardis Pégases,

Tombaient de mes lèvres d’enfant

Les diamants et les topazes.
J’ai touché les crins des soleils

Dans les infinis grandioses,

Et j’ai trouvé des mots vermeils

Qui peignent la couleur des roses.
Je vins, chanteur mélodieux,

Et j’ouvris ma lèvre enchantée,

Et sur les épaules des Dieux

J’ai remis la pourpre insultée.
Un instant, le long du chemin

Où des fous m’en ont fait un crime,

J’ai tenu bien haut dans ma main

Le glaive éclatant de la Rime.
Sans repos je me suis voué

Au destin d’embraser les âmes :

Peut-être ai-je encor secoué

Trop peu de rayons et de flammes.
Qu’un plus grand fasse encor un pas,

Chercheur de la lumière blonde !

Ami, je ne suis même pas

La plus belle fille du monde.

Juin 1858.

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Théodore de Banville Apprenti Poète

Par Théodore de Banville

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du bonheur ».

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