Je suis un ustensile

On m’a promu : je suis un ustensile

entre la cruche et le plumeau.
J’ai fini de rêver : morte est mon île,

et les seuls animaux

que je fréquente sont — tant pis, girafe ! —

la poule au pot et le cochon.
Je forme au bout d’un texte un paragraphe,

comme le baluchon

entre les mains de ce garde-champêtre.

Je n’ai pas besoin de penser : je ne distingue plus être et non-être;

le ressort est cassé.

Je parle quelquefois aux gabardines, au poêle et à la soupe aux choux.

Mon horizon s’éloigne : adieu, collines !
Je suis en caoutchouc,

en vieux papier, en cuir, parfois en fonte;

faut-il en demander pardon ?
Se rendre utile est un métier sans honte,

affirme l’édredon,

un avis que partagent la vaisselle, la sotte armoire et le moteur.

Si je pleurais, faute professionnelle, je sais qu’un brocanteur

m’achèterait.
Je ne suis pas d’époque

et je n’ai rien d’original : je vieillirais, perdu parmi les loques

et les dents de narval.

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