À M. de Régnier

(Après la mort de sa fille.)

Quel est donc ce chagrin auquel je m’intéresse ?
Nous nous étions connus par l’esprit seulement ;
Nous n’avions fait que rire, et causé qu’un moment,
Quand sa vivacité coudoya ma paresse.

Puis j’allais par hasard au théâtre, en fumant,
Lorsque du maître à tous la vieille hardiesse,
De sa verve caustique aiguisant la finesse,
En Pancrace ou Scapin le transformait gaiement.

Pourquoi donc, de quel droit, le connaissant à peine,
Est-ce que je m’arrête et ne puis faire un pas,
Apprenant que sa fille est morte dans ses bras ?

Je ne sais. — Dieu le sait ! Dans la pauvre âme humaine
La meilleure pensée est toujours incertaine,
Mais une larme coule et ne se trompe pas.

À M. de Régnier
Notez
Print Friendly, PDF & Email

Voter pour ce poème!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Alfred de Musset

Par Alfred de Musset

Alfred de Musset est un poète et dramaturge français de la période romantique, né le 11 décembre 1810 à Paris, où il est mort le 2 mai 1857.

Le tendre et dangereux visage de l’amour

Sur la rive d’un fleuve une nymphe éplorée