Quam pulchra es, amica !

I
Comme l’ombre d’un vol d’oiseau

Sur la neige d’une colline,

Sur ton front blanc, double réseau,

L’ombre de tes cheveux s’incline
Pareille à l’écume d’argent

Du flot qui sur les bords s’apaise.

Montant vers elle et la frangeant,

La candeur de ton front la baise.
Tant de nuit et tant de clarté

Sur ton front mêlent leur caresse

Que mon Rêve y flotte, agité,

Entre l’espoir et la détresse !
II
Dans tes yeux, tes beaux yeux d’enfant,

S’allume, lorsque tu t’éveilles,

L’or clair d’un soleil triomphant

Que mirent deux sources pareilles.
Quand un rêve passe sur eux,

On dirait l’haleine opaline

Qui descend sur les lacs ombreux

A l’heure où le couchant s’incline.
En les contemplant tour à tour,

J’y trouve — allégresse ou souffrance —

Tantôt l’aurore d’un amour,

Tantôt le soir d’une espérance !
III
Fruit mûr dont un couteau vainqueur

A fendu la chair savoureuse,

Qui saigne et garde encor au cœur

L’éclair de l’acier qui le creuse,
Teinte de pourpre aux tons ardents

Comme une blessure farouche,

Sur le clair frisson de tes dents

S’ouvre et se referme ta bouche.
Mon Rêve, n’osant s’y poser,

Craint d’y sentir, comme une lame

Sous le miel divin du baiser

Le froid mépris qui perce l’âme !
IV
De ta voix la mer a rythmé

La musique puissante et douce ;

On dirait, sur le flot calmé,

Une lyre qu’un souffle pousse.
Les vagues font, en l’effleurant,

Tinter l’or des cordes sacrées,

Et le vent du soir, en pleurant,

Y met des notes déchirées.
Par ce chant immortel bercé,

J’écoute, en des heures trop brèves,

Fuir sur l’océan du Passé

Le vaisseau brisé de mes Rêves !
V
D’un rayon d’aurore attaché,

L’arc radieux de ton sourire

Ferme et tend, sur un trait caché,

Sa courbe adorable à décrire.
Il se rouvre sur le sillon

De la flèche au ciel envolée

Comme le vol d’un papillon

Se rouvre sur la brise ailée.
Chaque flèche, en touchant mon cœur,

Met, dans ma blessure éternelle,

Ou le froid de son fer vainqueur

Ou la caresse de son aile.
VI
L’âme des Paros abolis

L’antique neige des Tempées,

La pâleur des têtes de lis

Pour les fêtes des Dieux coupées ;
Toutes les blancheurs que le Temps

A proscrites ou méconnues,

Renaissent en tons éclatants

Sur ta face et ta gorge nues.
C’est qu’il leur fallait, pour cela,

Retrouver la splendeur des lignes,

Qu’aux cieux autrefois révéla

Léda, la charmeuse de cygnes !
VII
Sur le vol d’une tourterelle

Tes mains jadis, en se fermant,

Prirent au contour de son aile

Leur grâce et leur dessin charmant.
Aussitôt qu’un geste déploie

Leur blancheur, onduleux trésor,

On dirait le frisson de joie

D’un oiseau qui prend son essor.
Ombre douce et douce lumière !

Je sens mon âme, tour à tour,

Sous leur étreinte prisonnière

Et, par elles, rendue au jour !
VIII
Couchants qui faites, sur la plaine,

Fumer l’or clair d’un encensoir ;

Roses dont la dernière haleine

Fait trembler les rideaux du soir ;
Souffles printaniers que balance

La clochette des lilas blancs ;

Arômes, qu’avec le silence,

La Nuit traîne sur ses pas lents ;
Parfums des choses, qu’effarouche

L’aile impitoyable du Vent,

Mon Rêve vous boit sur la bouche

Que je n’effleure qu’en rêvant !
IX
Comptant les grâces immortelles

Qui font l’honneur de ta Beauté

Et dont les puissances sont telles

Que j’en fus à jamais dompté,
De t’avoir sans relâche aimée,

Même d’un amour méconnu,

Dans mon âme à l’espoir fermée

Un immense orgueil est venu.
Qui sait, du sourire ou des larmes,

Lequel en ce monde est meilleur ?

— Demeure fière de tes charmes.

— Je reste fier de ma douleur !

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