Un automne

De quelles paresseuses larmes de quelle saison

monotone pourpre et dorée (la pluie s’obstine froide aux

clairières rouillées)

de quelle escale et de quelle île au loin dans l’archipel

Automne as-tu rêvé ma claire as-tu rêvé et dérivé

Quelle maison de mousse et de forêts mouillées quel feu pensif dans l’âtre qui rosit les mains tendues quelle lumière sage et de quelle lampe si tard allumée au dehors quelle prison de pluie si nombreuse que nul

n’ose encore parler

Ou bien la treille grise et roussie l’oiseau nommé Présage

couleur d’opale et de tacite et les jardins d’enfance

striés de cigales et d’abeilles et quelle marchant pieds nus la vague extrême et lasse sur quelle plage chavirant sous quel soleil

Je me souviens encore de cette timidité soudaine du

ciel devenu neige longue lisse lente latente chute beaux flocons étourdis l’air d’à peine toucher les branches Dis-moi est-ce

l’hiver pâle qui allège nos pas très sourds sur les tapis du temps est-ce la neige

dis

Quels murmures quels boogies de train

taptapant sur la voie au rythme entêté et soyeux des

grands express quels ports et quelles voix enrouées d’ailleurs dans les

gares au matin annonçant une ville inconnue Encore un ciel Est-ce

celui de chaux vive et de lavande adolescente

d’autrefois Est-ce celui qui nous a réunis est-ce cette brume à l’aurore qui laisse un peu jaunir à l’horizon le tout petit matin

Il faut partir Ah laisse

laisse encore un moment notre sommeil ensemble et notre bercement de chevaux marchant l’amble Laisse encore un moment nos corps se souvenir.

Voter pour ce poème!

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

S’abonner
Notifier de
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments