Idylle

Lorsque mai va finir, quand juin brûlant s’avance,
Il faut voir les troupeaux de la basse Provence,
Redoutant la saison où sèchent les ruisseaux,
Où la plaine déserte apparaîtra sans eaux
Et jaune de soleil et d’herbes desséchées ;
Il faut voir s’en aller au loin, têtes penchées,
Nos longs troupeaux gagnant les pacages alpins.
Autour d’eux saupoudrant les vignes et les pins,
Sous leurs dix mille pieds, dans la chaude lumière,
Monte en nuage blanc une lente poussière.
Ils vont, et quand parfois un mouton plus gourmand
Broute la haie, ou bien l’admire seulement,
Un chien actif, au poil rude, aussitôt le presse,
Et le mouton reprend sa marche avec paresse.
Sur les flancs du troupeau plus d’un chien jappe et court,
Et tous les pieds fourchus font un roulement sourd.
Le troupeau suit un chef, vieux comme un patriarche,
Orné d’une sonnaille, et qui montre la marche ;
Ce bélier, qu’épargna le boucher, doit savoir
Sans doute où le troupeau va s’arrêter le soir,
Et qu’il gagne un pays humide où l’herbe est tendre ;
Du moins il va bon train, ayant l’air de comprendre.
Tous passent à longs flots, roulant, se soulevant ;
L’un sur l’autre portés, ils vont, fleuve vivant,
Et le regard sans fin suit les courbes des têtes
Et les dos onduleux de ce peuple de bêtes.
Les agneaux hésitants sont derrière, plus loin ;
Un des pâtres demeure afin d’en prendre soin.
Or entre deux troupeaux cheminent les ânesses,
Les ânes, les ânons, et, dessus, les jeunesses,
Les filles des bergers, assises, pieds pendants.
Leur beau rire résonne et découvre leurs dents ;
L’une d’elles parfois allaite un enfant rose
Qui, sur l’âne bercé, rit, la paupière close ;
Parfois, l’âne voisin porte dans ses paniers
Les agneaux las, ou ceux qui sont nés les derniers.
Vienne le soir, qui fait la montagne bleuâtre :
Près des filles chemine un jeune homme, un beau pâtre
Qui redit en riant les bons mots des anciens.
On chante. Les bergers s’en remettent aux chiens,
Et les hameaux, la nuit, comprennent leur approche
A des bruits de grelots sonnant de roche en roche,
Ou bien à l’air plaintif et doux que l’un d’entr’eux
Tire, tout en marchant, d’un simple roseau creux.

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