Nanderuvuvu

Familiers du

Déluge
nous sommes quelques-uns
je dis quelques milliards
sous nos chamarrures
(le jaune

Chenille
l’or

Scarabée le noir

Capricorne)
à faire trembler le globe dans nos os.
«

Si tu es

MALENFUNC qui se retourne dans son sommeil et chaque fois secoue le sol en attendant d’écraser le ciel, moi je suis

AUREPIK, le fils qui un certain jour, aussi sec vous mangera.
«

KAREÏ voleur de paradis fera de même
il est notre petit frère
et lui aussi lui surtout nanderuvuvu
que l’on n’aperçoit qu’en rêve
(la

Terre qui a honte
d’avoir dévoré tant de monde
implore son pardon).
«

Insectes-rois
insectes-dieux
couronnés de piques
de plantes vénéneuses
nous avons frappé frappé frappé.
Nos pattes palmées
martelaient la boue
pour en faire issir la moisson des vers
gracieux et fous porteurs de têtes
qui dansent éclairées du dedans.
«

Nourris de notre descendance barbouillés d’ocre et de craie de suie, de sang séché brandissant nos élytres nos rameaux nos sagaies nous avons dansé dansé

dansé la danse du

Sexe et du

Mourir.
«

Fils de moi-même enfin seul
interminable insecte
éphémère immortel
toujours tué et engendré
par

Celui qui se dresse entre mes jambes
je fertilise j’enlise
j’ensalive j’ensevelis
et je délivre
familier du

Déluge. »

Jean Tardieu

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