Poésie, poètes, ressources et plus

  • La gare

    Gare de la douleur j’ai fait toutes tes routes.

    Je ne peux plus aller, je ne peux plus partir.

    J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes.

    Je me tends vers le jour où j’en verrai sortir

    Le masque sans regard qui roule á ma rencontre

    Sur le crassier livide où je rampe vers lui,

    Quand

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    La gare
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  • Le miroir brisé

    Le petit homme qui chantait sans cesse
    le petit homme qui dansait dans ma tête
    le petit homme de la jeunesse
    a cassé son lacet de soulier
    et toutes les baraques de la fête
    tout d’un coup se sont écroulées
    et dans le silence de cette fête
    dans le désert de cette fête
    j’ai entendu ta voix heureuse
    ta voix déchirée et fragile
    enfantine et désolée
    venant de loin et qui m’appelait
    et j’ai mis ma main sur mon cœur
    où remuaient
    ensanglantés
    les sept éclats de glace de ton rire étoile. Continuer la lecture

    Le miroir brisé

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  • Arbres

    En argot les hommes appellent les oreilles des feuilles
    c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
    mais la languie verte des arbres est un argot bien plus ancien
    Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains
    Les arbres parlent arbre comme les enfants parlent enfant
    Quand un enfant de femme et d’homme adresse la parole à un arbre

    l’arbre répond
    l’enfant l’entend
    Plus tard l’enfant
    parle arboriculture
    avec ses maîtres et ses parents
    Il n’entend plus la voix des arbres
    il n’entend plus leur chanson dans le vent
    Pourtant parfois une petite fille pousse un cri de détresse dans un square de ciment armé d’herbe morne et de terre souillée Est-ce… oh… est-ce la tristesse d’être abandonnée qui me fait crier au secours ou la crainte que vous m’oubliiez arbres de ma jeunesse ma jeunesse pour de vrai Dans l’oasis du souvenir une source vient de jaillir est-ce pour me faire pleurer J’étais si heureuse dans la foule la foule verte de la forêt avec la peur de me perdre et la crainte de me retrouver
    N’oubliez pas votre petite amie arbres de ma forêt.

    A Antibes rue de l’Hôpital
    où l’herbe à chats surgit encore indemne entre les
    pavés il y a un grand micocoulier Il est dans la cour de l’asile des vieillards Hé oui c’est un micocoulier dit un vieillard assis sur un banc de pierre contre un mur de pierre
    et sa voix est doucement bercée par le soleil d’hiver Micocoulier
    ce nom d’arbre roucoule dans la voix usée
    Et il est millénaire
    ajoute le vieil homme en toute simplicité
    beaucoup plus vieux que moi mais tellement plue
    jeune encore millénaire et toujours vert Et dans la voix de l’apprenti centenaire il y a un peu d’envie beaucoup d’admiration une grande détresse et une immense fraîcheur.

    Si jamais à Paris
    vous passez par la rue Pillet-Will

    qui va de la rue La Fayette à la rue Laffitte
    en tournant oblique
    emportez une plante
    vm brin d’herbe
    un petit arbre
    ou alors il vous arrivera
    oh non pas malheur
    mais un tel ennui instantané et qui vous attend au tournant que même le petit bossu de la rue Quincampoix en grelotterait d’ennui et d’horreur
    pauvre petit spectre
    sur lequel cette rue bardée de misère d’or
    jetterait
    comme une aumône
    un froid
    Celui qui plantera un arbre secret dans la rue Pillet
    Will n’aura son nom marqué sur aucune façade mais sans le savoir les passants lui seront très reconnaissants en écoutant dans cette rue mendiante stricte et veuve
    de tout un petit air de musique verte insolite salutaire et surprenant.

    Dans un bois
    un homme s’égare
    Un homme de nos jours et des siens en même temps
    Et cet homme égaré sourit
    il sait la ville tout près
    et qu’on ne se perd pas comme ça
    il tourne sur lui-même
    Mais le temps passe
    oui le temps disparaît et bientôt le sourire aussi
    Il tourne sur lui-même
    qui tourne autour de lui
    L’espace est une impasse
    où son temps s’abolit
    D a un peu terreur
    il a un peu ennui
    C’est idiot se dit-il
    mais il a de plus en plus terreur
    ennui souci
    Est-ce Meudon la Forêt-Noire Bondy
    les gorges de Ribemont
    d’Apremont
    n sait pourtant
    que c’est le bois de Clam art
    mais il y a quelque chose dans sa mémoire
    dans son imaginatoire
    quelque chose qui hurle à la mort
    en lui tenant les côtes
    Mais il a beau essayer de sourire encore
    le fou rire de l’enfance
    est enfermé dans le cabinet noir
    Il a terreur et panique de logique
    et dans ce bois comme navire sur la mer
    il a roulis angoisse désarroi de navire
    Oh je ne suis pas superstitieux
    mais je voudrais toucher du bois
    pour ne pas le devenir
    Toucher du bois
    tout est là
    Et dans son désarroi
    il se fouille comme un flic fouille et palpe un autre
    être Pas de cure-dents pas d’allumettes nulle amulette Il est de plus en plus perdu aux abois comme biche ou cerf et il oublie de plus en plus que les arbres sont des arbres et que les arbres sont en bois
    Toucher du bois
    toucher du bois
    Soudain derrière lui tout entier
    le bois
    dans un véritable fou rire
    intact ensoleillé
    disparaît
    Sur une route
    passe un laveur de carreaux
    en vélo
    une échelle sur l’épaule
    beau comme un clown de Médrano
    Une échelle
    une échelle en bois
    en bois à toucher
    L’homme
    comme un naufragé hurle terre
    comme un assoiffé hurle eau
    comme un condamné hurle grâce
    l’homme hèle le cycliste
    l’homme hurle bois
    Le cycliste passe
    Un corbillard rapide et vide
    avec un chauffeur hilare
    renverse l’homme sans s’en apercevoir. Continuer la lecture

    Arbres

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  • Le temps des noyaux

    Soyez prévenus vieillards
    soyez prévenus chefs de famille
    le temps où vous donniez vos fils à la patrie
    comme on donne du pain aux pigeons
    ce temps-là ne reviendra plus
    prenez-en votre parti
    c’est fini
    le temps des cerises ne reviendra plus
    et le temps des noyaux non plus
    inutile de gémir
    allez plutôt dormir
    vous tombez de sommeil
    votre suaire est fraîchement repassé
    le marchand de sable va passer
    préparez vos mentonnières
    fermez vos paupières
    le marchand de gadoue va vous emporter
    c’est fini les trois mousquetaires
    voici le temps des égoutiers
    Lorsque avec un bon sourire dans le métropolitain poliment vous nous demandiez deux points ouvrez les guillemets

    descendez-vous à la prochaine
    jeune homme
    c’est de la guerre dont vous parliez
    mais vous ne nous ferez plus le coup du père Français
    non mon capitaine
    non monsieur un tel
    non papa
    non maman
    nous ne descendrons pas à la prochaine
    ou nous vous descendrons avant
    on vous foutra par la portière
    c’est plus pratique que le cimetière
    c’est plus gai
    plus vite fait
    c’est moins cher
    Quand vous tiriez à la courte paille
    c’était toujours le mousse qu’on bouffait
    mais le temps des joyeux naufrages est passé
    lorsque les amiraux tomberont à la mer
    ne comptez pas sur nous pour leur jeter la bouée
    à moins qu’elle ne soit en pierre
    ou en fer à repasser
    il faut en prendre votre parti
    le temps des vieux vieillards est fini
    Lorsque vous reveniez de la revue
    avec vos enfants sur vos épaules
    vous étiez saouls sans avoir rien bu
    et votre moelle épinière
    faisait la folle et la fière
    devant la caserne de la Pépinière
    vous travailliez de la crinière
    quand passaient les beaux cuirassiers
    et la musique militaire

    vous chatouillait de la tête aux pieds
    vous chatouillait
    et les enfants que vous portiez sur vos épaules
    vous les avez laissés glisser dans la boue tricolore
    dans la glaise des morts
    et vos épaules se sont voûtées
    il faut bien que jeunesse se passe
    vous l’avez laissée trépasser
    Hommes honorables et très estimés
    dans votre quartier
    vous vous rencontrez
    vous vous congratulez
    vous vous coagulez
    hélas hélas cher Monsieur Babylas
    j’avais trois fils et je les ai donnés
    à la patrie
    hélas hélas cher Monsieur de mes deux
    moi je n’en ai donné que deux
    on fait ce qu’on peut
    ce que c’est que de nous…
    avez-vous toujours mal aux genoux
    et la larme à l’œil
    la fausse morve de deuil
    le crêpe au chapeau
    les pieds bien au chaud
    les couronnes mortuaires
    et l’ail dans le gigot
    vous souvenez-vous de l’avant-guerre
    les cuillères à absinthe les omnibus à chevaux
    les épingles à cheveux
    les retraites aux flambeaux
    ah que c’était beau
    c’était le bon temps
    Bouclez-la vieillards

    cessez de remuer votre langue morte
    entre vos dents de faux ivoire
    le temps des omnibus à cheveux
    le temps des épingles à chevaux
    ce temps-là ne reviendra plus
    à droite par quatre
    rassemblez vos vieux os
    le panier à salade
    le corbillard des riches est avancé
    fils de saint Louis montez au ciel
    la séance est terminée
    tout ce joli monde se retrouvera là-haut
    près du bon dieu des flics
    dans la cour du grand dépôt

    En arrière grand-père en arrière père et mère en arrière grands-pères en arrière vieux militaires en arrière les vieux aumôniers en arrière les vieilles aumônières la séance est terminée maintenant pour les enfants le spectacle va commencer. Continuer la lecture

    Le temps des noyaux

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  • L’enfance

    L’enfance
    dans le lointain de la jeunesse
    l’adolescent la méprise et ne veut pas l’entendre
    ce n’est plus moi dit-il
    c’est un petit qui ne sait pas ce qu’il dit
    mais le petit dit ce qu’il sait
    même et surtout quand il se tait
    L’adolescent grandit il n’a pas étouffé tous les cris Il n’a effacé ni les rires ni les larmes…
    Les éducateurs veulent le jeter dans le grand pareil au même il ne veut pas penser au pas il ne veut pas rêver à la baguette…
    il veut l’enfance. Continuer la lecture

    L’enfance

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  • La rue de buci maintenant…

    Où est-il parti
    le petit monde fou du dimanche matin
    Qui donc a baissé cet épouvantable rideau de poussière
    et de fer sur cette rue cette rue autrefois si heureuse et si fière d’être rue comme une fille heureuse et fière d’être nue. Pauvre rue
    te voilà maintenant abandonnée dans le quartier abandonné lui-même dans la ville dépeuplée. Pauvre rue morne corridor menant d’un point mort à un autre
    point mort tes chiens maigres et seuls et ton gros mutilé de guerre qui a tellement maigri lui aussi et qui passe dans sa petite voiture mécanique traversant au hasard sans savoir où aller s’arrêtant n’importe où sans même savoir où c’est il s’était fait une raison d’homme une fois l’autre guerre finie une raison avec sa voiture une raison avec ses deux jambes arrachées et il avait ses petites habitudes on lui disait bonjour il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait.

    Et il roulait
    il s’arrêtait pour boire un verre il oubliait il plaisantait
    et puis il allait déjeuner
    et voilà qu’encore une fois tout a encore recommencé
    et il roule lentement dans sa rue
    et il ne la reconnaît plus
    et elle ne le reconnaît plus non plus
    et la misère debout fait la queue aux portes du malheur
    aux portes de l’ennui
    et la rue est vide et triste
    abandonnée comme une vieille boîte au lait
    et elle se tait.
    Pauvre rue qui ne veut plus qui ne peut plus rien dire
    pauvre rue dépareillée et sous-alimentée
    on t’a retiré le pain de la bouche
    on t’a arraché les ovaires
    on t’a coupé l’herbe sous le pied
    on t’a rentré tes chansons dans la gorge
    on t’a enlevé ta gaieté
    et le diamant de ton rire s’est brisé les dents
    sur le rideau de fer de la connerie et de la haine
    et les gosses du quartier ne sortent plus de chez le boulanger souriants en mangeant la pesée
    au Cours des Halles les sanguines
    les petits soleils de Valence
    ne roulent plus dans les balances dans les filets des ménagères abandonnant sur le trottoir leurs jolies robes de papier avec des toréadors et de belles cigarières imprimées de toutes les couleurs et puis des noms de villes étrangères pour faire rêver les étrangers. Et toi citron jaune
    toi qui trônais comme un seigneur au milieu de tes Portugaises vertes

    tu étais l’astre de la misère
    la lumière du repas de midi et demi.
    Où es-tu maintenant
    citron jaune qui venais des autres pays
    et toi vieille cloche qui vendais des crayons
    et qui trouvais dans le vin rouge et dans tes rêves sous
    les ponts d’extraordinaires balivernes des histoires d’un autre
    monde de prodigieuses choses sans nom où es-tu
    où sont tes crayons… Et vous marchandes à la sauvette où sont vos lacets vos oignons où est le bleu de la lessive
    où sont les aiguilles et le fil et les épingles de sûreté. Et vous filles des quatre saisons vous êtes là encore bien sûr mais le cœur n’y est plus le cœur de ce quartier le cœur de ces artères le cœur de cette rue et vous vendez de mauvaises herbes et vous avez beaucoup changé. Vos cris n’ont plus la même musique dans votre voix quelque chose est brisé… Et toi jolie fille qui te promenais et qui vivais
    autour et alentour de la rue de Buci toi qui grandissais dans ce paysage toi qui te promenais tous les matins avec ton chien avec ton pain et puis qui es partie maintenant tu es revenue

    et toi non plus tu ne reconnais plus ta rue
    La rue où tu marchais le dimanche matin
    avec ton chien
    et puis ton pain
    tu venais à peine de te réveiller
    tes yeux étaient grands ouverts
    et brillaient
    et tu paraissais nue sous ta robe légère
    et tu souriais
    heureuse qu’on te regarde
    et d’être regardée
    devinée désirée
    caressée du regard par ta rue tout entière
    par ta rue de Buci
    qui fronçait le sourcil
    qui haussait les épaules
    qui faisait celle qui est en colère
    et te montrait du doigt
    et te traitait de tous les nome
    Si ce n’est pas une honte
    à son âge
    avez-vous déjà vu ça…
    et parlait d’en parler à ton père
    ta rue de Buci
    qui faisait l’indignée
    celle qui était en colère
    mais dans le fond
    heureuse et fière
    de ta beauté éblouissante
    de ta provocante jeunesse
    de ta merveilleuse pauvreté
    de ta merveilleuse liberté. Continuer la lecture

    La rue de buci maintenant…

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  • Soleil et chair

    Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie, Verse l’amour brûlant à la terre ravie, Et, quand on est couché sur la vallée, on sent Que la terre est nubile et déborde de sang ; Que son immense sein, soulevé par une âme, Est d’amour comme Dieu, de chair comme la femme, Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons, Le grand fourmillement de tous les embryons !Et tout croît, et tout monte !– Ô Vénus, ô Déesse ! Je regrette les temps de l’antique jeunesse, Des satyres lascifs, des faunes animaux, Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde ! Je regrette les temps où la sève du monde, L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts Dans les veines de Pan mettaient un univers ! Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ; Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ; Où, debout sur la plaine, il entendait autour Répondre à son appel la Nature vivante ; Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante, La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu ! Je regrette les temps de la grande Cybèle Qu’on disait parcourir, gigantesquement belle, Sur un grand char d’airain, les splendides cités ; Son double sein versait dans les immensités Le pur ruissellement de la vie infinie. L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie, Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux. – Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses, Et va, les yeux fermés et les oreilles closes. Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l’Homme est Roi, L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour, voilà la grande Foi ! Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle, Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ; S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume, Montra son nombril rose où vint neiger l’écume, Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs, Le rossignol aux bois et l’amour dans les coeurs ! IIJe crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère, Aphrodite marine ! – Oh ! la route est amère Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ; Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois ! – Oui, l’Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste. Il a des vêtements, parce qu’il n’est plus chaste, Parce qu’il a sali son fier buste de dieu, Et qu’il a rabougri, comme une idole au feu, Son cors Olympien aux servitudes sales ! Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles Il veut vivre, insultant la première beauté ! – Et l’Idole où tu mis tant de virginité, Où tu divinisas notre argile, la Femme, Afin que l’Homme pût éclairer sa pauvre âme Et monter lentement, dans un immense amour, De la prison terrestre à la beauté du jour, La Femme ne sait plus même être courtisane ! – C’est une bonne farce ! et le monde ricane Au nom doux et sacré de la grande Vénus !IIISi les temps revenaient, les temps qui sont venus ! – Car l’Homme a fini ! l’Homme a joué tous les rôles ! Au grand jour, fatigué de briser des idoles, Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux, Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux ! L’Idéal, la pensée invincible, éternelle, Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle, Montera, montera, brûlera sous son front ! Et quand tu le verras sonder tout l’horizon, Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte, Tu viendras lui donner la Rédemption sainte ! – Splendide, radieuse, au sein des grandes mers Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers L’Amour infini dans un infini sourire ! Le Monde vibrera comme une immense lyre Dans le frémissement d’un immense baiser !– Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.Ô ! L’Homme a relevé sa tête libre et fière ! Et le rayon soudain de la beauté première Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair ! Heureux du bien présent, pâle du mal souffert, L’Homme veut tout sonder, – et savoir ! La Pensée, La cavale longtemps, si longtemps oppressée S’élance de son front ! Elle saura Pourquoi !… Qu’elle bondisse libre, et l’Homme aura la Foi ! – Pourquoi l’azur muet et l’espace insondable ? Pourquoi les astres d’or fourmillant comme un sable ? Si l’on montait toujours, que verrait-on là-haut ? Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau De mondes cheminant dans l’horreur de l’espace ? Et tous ces mondes-là, que l’éther vaste embrasse, Vibrent-ils aux accents d’une éternelle voix ? – Et l’Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ? La voix de la pensée est-elle plus qu’un rêve ? Si l’homme naît si tôt, si la vie est si brève, D’où vient-il ? Sombre-t-il dans l’Océan profond Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond De l’immense Creuset d’où la Mère-Nature Le ressuscitera, vivante créature, Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?…Nous ne pouvons savoir ! – Nous sommes accablés D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères ! Singes d’hommes tombés de la vulve des mères, Notre pâle raison nous cache l’infini ! Nous voulons regarder : – le Doute nous punit ! Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile… – Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle !…Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts Devant l’Homme, debout, qui croise ses bras forts Dans l’immense splendeur de la riche nature ! Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !… – C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !…IVÔ splendeur de la chair ! ô splendeur idéale ! Ô renouveau d’amour, aurore triomphale Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros, Kallipyge la blanche et le petit Éros Effleureront, couverts de la neige des roses, Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses ! – Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots, Blanche sous le soleil, la voile de Thésée, Ô douce vierge enfant qu’une nuit a brisée, Tais-toi ! Sur son char d’or brodé de noirs raisins, Lysios, promené dans les champs Phrygiens Par les tigres lascifs et les panthères rousses, Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses. – Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague. Il tourne lentement vers elle son oeil vague ; Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur, Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt Dans un divin baiser, et le flot qui murmure De son écume d’or fleurit sa chevelure. – Entre le laurier-rose et le lotus jaseur Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ; – Et tandis que Cypris passe, étrangement belle, Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins, Étale fièrement l’or de ses larges seins Et son ventre neigeux brodé de mousse noire, – Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire, Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion, S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !Par la lune d’été vaguement éclairée, Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus, Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile, La Dryade regarde au ciel silencieux… – La blanche Séléné laisse flotter son voile, Craintive, sur les pieds du bel Endymion, Et lui jette un baiser dans un pâle rayon… – La Source pleure au loin dans une longue extase… C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase, Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé. – Une brise d’amour dans la nuit a passé, Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres, Majestueusement debout, les sombres Marbres, Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid, – Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini !Le 29 avril 1870. 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    Soleil et chair

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  • Mignonne, allons voir si la rose

    Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.Las ! voyez comme en peu d’espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté. Continuer la lecture

    Mignonne, allons voir si la rose

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