À laquelle ?

Quand tu dors à que rêves-tu,

Toi, leur seule et chère espérance ?

À laquelle, ô cœur combattu,

T’arrêtes-tu de préférence ?
Est-ce à celle qui dort toujours

Dans le cercueil au cimetière,

Ame naïve et sans détours

Dont tu méprisas la prière ?
À celle qui ne dort jamais,

Par la passion dévorée,
Qui crut un jour que tu l’aimais

Quand tu ne l’avais qu’admirée ?
À celle qui dort près de toi

Et, telle qu’une souveraine,

Te sourit sans savoir pourquoi,

Belle, indifférente et sereine ?
L’une, hélas ! fleur qui, pour s’ouvrir,

Eût eu besoin d’une caresse,

Loin de toi, n’a su que mourir

Afin de prouver sa tendresse.
L’autre combat avec la mort,

Ferme encor quoique exténuée,

Pour te préserver du remord

De te dire : « Je l’ai tuée ! »
La troisième, sans s’en douter,

Cueille le fruit de tant de larmes.

Oh ! celle-là, pour te dompter,

Dis-moi, quelles sont donc ses armes ?
Quand autour de toi tout s’est tu,

Quand le foyer n’a plus de flamme,

Quelle voix parle dans ton âme ?

Quand tu dors à qui rêves-tu ?
Mars 18…

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Louisa Siefert Apprenti Poète

Par Louisa Siefert

Louisa Siefert, née à Lyon le 1er avril 1845 et morte à Pau le 21 octobre 1877, est une poétesse française.
Louisa Siefert (1845 - 1877) était une poétesse française qui a laissé une poésie empreinte de douleur mais soutenue d’un vif spiritualisme protestant. Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès. En 1870, Rimbaud s'en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard : « J'ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite […]. C'est aussi beau que les plaintes d'Antigone dans Sophocle.»

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