Prière

Aimer, c’est la moitié de croire.

Victor Hugo
Les rideaux sont baissés & la porte est fermée :

Un seul rayon perdu glisse furtivement,

Et vient illuminer l’atmosphère embaumée.
Là, dans son grand fauteuil la mère simplement,

Tenant sur ses genoux la Bible de famille,

Explique à ses enfants le Nouveau Testament.
Son jouet dans les bras, la plus petite fille

Veut écouter aussi le récit merveilleux,

Comme font ses aînés dont le regard scintille.
Car il n’est pas de conte entre les contes bleus

Qui vaille cette belle & pathétique histoire,

Où Jésus est si bon pour tous les malheureux.
Les autres, qui voudraient graver dans leur mémoire

Chaque verset que lit leur mère à haute voix,

Se penchent, car aimer c’est la moitié de croire.
Et, rendus attentifs & graves, tous les trois

Comme un parfum divin aspirent la Parole

Qu’ils trouvent, disent-ils, plus belle chaque fois.
Adieu le jeu bruyant & la chanson frivole !

Ils préfèrent le Christ qui parle du devoir

Et met l’enseignement dans une parabole.
Sources pures encore où le ciel peut se voir,

Leurs cœurs vierges & neufs, enivrés de lumière,

S’ouvrent avec candeur pour la mieux recevoir.
La lecture finie, ils ont fait la prière :

« Amen ! » dit une voix plus grave derrière eux.

C’est leur père debout & baissant la paupière.
« Allez, allez, dit-il, mes petits bienheureux,

« Laissez-moi seul auprès de votre bonne mère. »

Et, poussant un soupir profond & douloureux :
« — Ah ! devant ces enfants je sens mieux ma misère,

« Et combien ma science est peut de chose en soi.

« Je veux connaître aussi la chose nécessaire :
« Toi, qui m’apprends l’amour, enseigne-moi la foi ! »

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Louisa Siefert Apprenti Poète

Par Louisa Siefert

Louisa Siefert, née à Lyon le 1er avril 1845 et morte à Pau le 21 octobre 1877, est une poétesse française.
Louisa Siefert (1845 - 1877) était une poétesse française qui a laissé une poésie empreinte de douleur mais soutenue d’un vif spiritualisme protestant. Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès. En 1870, Rimbaud s'en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard : « J'ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite […]. C'est aussi beau que les plaintes d'Antigone dans Sophocle.»

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