Investiture

vol de cayes de mancenilliers de galets de ruisseau

baliste intimité du souffle

toute l’eau de
Kananga chavire de la
Grande
Ourse à mes

yeux mes yeux d’encre de chine de
Saint-Pierre assassiné mes yeux d’exécution sommaire et de dos au mur mes yeux qui s’insurgent contre l’édit de grâce mes yeux de
Saint-Pierre bravant les assassins sous la

cendre morte des purs mille défis des roses de
Jéricho
O mes yeux sans baptême et sans rescrit mes yeux

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Rachat

Le bruit fort gravite pourri d’une cargaison désastre véreux et clair de soldanelle le bruit fort gravite méninge de diamants ton visage glisse nu en ma fureur laiteuse

Touffeurs d’amibes

touffeurs de laitances vrais fils de la vraie vierge immaculée aux aubes de la mer quand les méteils firent peau et maraudes de damnés

Touffeurs de tas d’assiettes ébréchées

de ruines de chiens pelés et de scaphandriers qui glissent

au crépuscule

Touffeur fruste rayonnement au nu

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Ne pas se méprendre

que la sève ne s’égare pas aux fausses pistes

on s’étonne

moins (vomie de flammes)

que la chimère éteinte se traînaille en limace

Ravine
Ravine

être ravin du monde

ce n’est pas se complaire à n’être

que le clandestin
Cédron de toute la vermoulure

mauvais ange

cœur trop tard débarqué mauvais ange

cœur trop mal embarqué la force de mon soleil s’inquiète de la capacité d’une journée d’homme

sa part du soleil ?

ses caprices ne sont pas sans

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Blues de la pluie

Aguacero

beau musicien

au pied d’un arbre dévêtu

parmi les harmonies perdues

près de nos mémoires défaites

parmi nos mains de défaite

et des peuples de force étrange

nous laissions pendre nos yeux

et natale

dénouant la longe d’une douleur

nous pleurions.

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Idylle

Quand viendra le soir du monde que les réverbères seront

de grandes filles immobiles un nœud jaune aux cheveux

et le doigt sur la bouche

quand la lumière dans la vitre coupera sa natte et fera

frire ses œufs dans une goutte de sang prise à la neige des

blessés

que le vin lourd de midi lancera du grain aux étoiles

de minuit il y aura dans mon âme les légères corbeilles

du brouillard qui seront sommées de verser des bennes de

lumière

la solitude ouvrira de minuscules fenêtres

sur la

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Cercle non vicieux

Penser est trop bruyant

a trop de mains pousse trop de hannetons

Du reste je ne me suis jamais trompé

les hommes ne m’ont jamais déçu ils ont des regards qui

les débordent

La nature n’est pas compliquée

Toutes mes suppositions sont justes

Toutes mes implications fructueuses

Aucun cercle n’est vicieux

Creux

Il n’y a que mes genoux de noueux et qui s’enfoncent

pierreux

dans le travail

des autres et leur sommeil

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Configurations

à
Jacqueline
Leiner

rumeur

de remugle de mangles de coques déchirées

de graines volantes

rumeur de graines ancreuses qui savent si bien s’inventer le supplice d’une terre

(et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas la gravité toujours à remonter de ce jeu de dérives et d echouages)

condescendance du balisage annoncée

galop précipité du fond des âges de toutes bêtes effarouchées

la langue de feu le dire

la bonne vipère exaspérée du tendre lait des hommes

Quand je me

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Façon langagière

clé de voûte

hiéroglyphes peu importe la constellation abolie jamais resserrée l’infinie combinatoire avertir déborde le noyau parle

impossible l’erreur

difficile l’errance le hochet directionnel pend aux arbres à portée de toute main le losange veille les yeux fermés ici commence

repris aux fauves le territoire sacré mal concédé des feuilles

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Prophétie

là où l’aventure garde les yeux clairs

là où les femmes rayonnent de langage

là où la mort est belle dans la main comme un oiseau saison de lait

là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe de prunelles plus violent que des chenilles

là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche

plus ardente que la nuit là où le bruit

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Demeure antipode

Creuset où naît le monde cheveu humus de la première terre

cheveu première pierre du souci

lorsque la pluie sera le fil dont brin par brin le monde se défait

lorsque le soleil sera une araignée où nous perdre un par un

lorsque la mer sera un poulpe pour nous cracher nos espoirs à la face

lorsque la lune se délovera et nous déroulera son long corps de serpent

lorsque le volcan secouera son corps plissé de pachyderme lorsque le vent ne soufflera plus parce qu’on aura oublié de

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Chevelure

Dirait-on pas bombardé d’un sang de latérites

bel arbre nu

en déjà l’invincible départ vers on imagine un sabbat de

splendeur

et de villes l’invincible et spacieux cri du coq

Innocente qui ondoies

tous les sucs qui montent dans la luxure de la terre

tous les poisons que distillent les alambics nocturnes

dans l’involucre des malvacées

tous les tonnerres des saponaires

sont pareils à ces mots discordants écrits par l’incendie

des bûchers

sur les oriflammes

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Fantômes à vendre

à
Georges
Gratiant

A
Midi le vert troupeau des reines noires trompées de porcelaine jaune

vent debout avale l’ancre du dernier pirate perclus aux bouges

A
Midi dans le ciel de blanc suicide empoisonné de manioc verdoie le skieur tombé du nid – ô souvenir et le chasseur de têtes des pays lointains dans la vase molle

du marigot croisant de tabac vivace sa vie de piment vert vécu

fantôme de la cité implacable charmeur buvant l’enfance nuit nue s’allonge

face à l’hélice

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Mot

de moi-même

à moi-même

hors toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d’un ultime spasme délirant

vibre mot

j’aurai chance hors du labyrinthe plus long plus large vibre en ondes de plus en plus serrées en lasso où me prendre en corde où me pendre et que me clouent toutes les flèches et leur curare le plus amer au beau poteau-mitan des très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l’ombre

en aile en gosier c’est à force de périr

le

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Aux îles de tous vents

des terres qui sautent très haut

pas assez cependant pour que leurs pieds ne restent pris au pécule de la mer mugissant son assaut de faces irrémédiables

faim de l’homme entendu des moustiques et soif car ce sont pains allongés pour un festin d’oiseaux sable à contre-espoir sauvé ou des bras recourbés pour recueillir au sein tout ce qui s’allonge de chaleur hors saison

O justice midi de la raison trop lente il n’importe que sans nom à la torche résineuse des langues

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En vérité…

la pierre qui s’émiette en mottes le désert qui se blute en blé le jour qui s’épelle en oiseaux le forçat l’esclave le paria la stature épanouie harmonique la nuit fécondée la fin de la faim

du crachat sur la face

et cette histoire parmi laquelle je marche mieux que

durant le jour

la nuit en feu la nuit déliée le songe forcé le feu qui de l’eau nous redonne l’horizon outrageux bien sûr un enfant entrouvrira la porte…

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Comptine

C’est cette mince pellicule sur le remous du vin

mal déposé de la mer

c’est ce grand cabrement des chevaux de la terre

arrêtés à la dernière seconde sur un sursaut du gouffre

c’est ce sable noir qui se saboule au hoquet de l’abîme

c’est du serpent têtu ce rampement hors naufrage

cette gorgée d’astres revomie en gâteau de lucioles

cette pierre sur l’océan élochant de sa bave

une main tremblante pour oiseaux de passage

ici
Soleil et
Lune

font

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De forlonge

Les maisons de par ici au bas des montagnes

ne sont pas aussi bien rangées que des godillots

les arbres sont des explosions dont la dernière étincelle

vient écumer sur mes mains qui tremblent un peu

désormais je porte en moi

la gaine arrachée d’un long palmier

comme serait le jour sans ton souvenir

la soie grège des cuscutes

qui au piège prennent le dos du site

de la manière très complète du désespoir

des ceibas monstrueux seuls auxquels

dès maintenant je ressemblerais dépouillé

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La parole aux oricous

Où quand comment d’où pourquoi oui pourquoi pourquoi pourquoi se peut-il que les langues les plus scélérates n’aient inventé que si peu de crocs à pendre ou suspendre le destin

Arrêtez cet homme innocent.
Tous de leurre.
Il porte mon sang sur les épaules.
Il porte mon sang dans ses souliers.
Il colporte mon sang dans son nez.
Mort aux contrebandiers.
Les frontières sont fermées

Ni su ni insu tous

dieu merci mon cœur est plus sec que l’harmattan, toute

obscurité m’est

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De mes haras

Nuages déraillez au chalumeau!
Pluie fille violente effilez vos charpies !
Blessures de la mer installez-vous en sifflant!
Entonnoirs et volcans tous à la dérive!
A la débandade dieux fous !
Faites-vous sauter la cervelle !
Que les champs soient arrachés au trident et les pêcheurs de perles projetés jusqu’au ciel!
Une pensée.
Quoi?
Le feu qui n’est plus gaspillé.
Le possible déchirant, dans sa poitrine somptueuse, tout ce qui tarde à devenir.

Nuit.
Quoi?
Toute

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Antipode

au matin rouleur de la première force de la première

épave de la dernière aurore

nos dents feront le bond d’une terre au haut d’un ciel de

cannelle et de girofles

tu ouvriras tes paupières qui sont un éventail très beau

fait de plumes rougies de regarder mon sang battre

une saison triomphante des essences les plus rares

ce sera tes cheveux

ballant au vent puéril la nostalgie des longues canéfices

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