Pèlerines

Dans ces mois, où souffle un vent

Énervant,

Les dames, les ballerines

Et les élèves de Got

Et Margot

Arborent des pèlerines.
Sveltes et roses, marchant

Et cachant

Les trésors de vos poitrines,

Où donc fuyez-vous ainsi?

Loin d’ici,

Pèlerines, pèlerines!
Je reconnais ce charmant

Vêtement

Que la mode immortalise,

Long spencer ou court manteau,

C’est Watteau

Qui l’offrit à Cidalise.
Rose ou noir, ou d’un malin

Zinzolin,

Il cachait dans son mystère

Vos malicieux desseins

Et vos seins,

Quand vous partiez pour Cythère.
Votre nef, au jour naissant,

Caressant

La vague respectueuse,

Balançait, près des îlots,

Sur les flots,

Sa coque voluptueuse.
Charmes toujours enviés!

Vous aviez

Mille grâces à revendre.

Vous promettiez vos faveurs

Aux rêveurs

Tircis, Myrtil et Silvandre,
Oh! partir! Suivre au lointain,

Le matin,

La douce brise marine!

Sur des appas délicats

C’est le cas

D’avoir une pèlerine.
Elle ne s’ouvre jamais

Certes, mais,

Jumelle comme une rime,

On sent bien que sous les plis

Assouplis

Se dresse une double cime.
Et ces monts vieux et nouveaux,

Qui sont vos

Certificats de civisme,

J’explique leurs bouts aigus,

Exigus,

Par les lois de l’atavisme.
C’est ainsi qu’aux paradis

Interdits,

En montrait notre mère Ève;

Mais la blanche floraison

En prison

Nous enchante comme un rêve.
Car dans les draps, au léger

Voltiger,

Une cassure est complice,

Pour tourmenter à loisir

Le désir,

Et sous l’étoffe qui plisse,
Le bon régal que d’oser

Supposer

Les lumières purpurines

Et les feux extasiés

Des rosiers

Cachés sous vos pèlerines!

24 juin 1890.

Voter pour ce poème!

Vous êtes le seul qui peut nous sauver de l'ennui mortel de ne pas avoir de commentaires sur notre poème. S'il vous plaît, faites-nous cet honneur.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

S’abonner
Notifier de
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments