J’étais monté plus haut

J’étais monté plus haut que l’aigle et le nuage ;
Sous mes pieds s’étendait un vaste paysage,
Cerclé d’un double azur par le ciel et la mer ;
Et les crânes pelés des montagnes géantes
En foule jaillissaient des profondeurs béantes,
Comme de blancs écueils sortant du gouffre amer.

C’était un vaste amas d’éboulements énormes,
Des rochers grimaçant dans des poses difformes,
Des pics dont l’oeil à peine embrasse la hauteur,
Et, la neige faisant une écume à leur crête,
On eût dit une mer prise un jour de tempête,
Un chaos attendant le mot du Créateur.

Là dorment les débris des races disparues,
Le vieux monde noyé sous les ondes accrues,
Le Béhémôt biblique et le Léviathan.
Chaque mont de la chaîne, immense cimetière,
Cache un corps monstrueux dans son ventre de pierre,
Et ses blocs de granit sont des os de Titan !

Voter pour ce poème!

Théophile Gautier Apprenti Poète

Par Théophile Gautier

Théophile Gautier, né à Tarbes le 30 août 1811 et mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872, est un poète, romancier et critique d'art français. Né à Tarbes, Théophile Gautier est cependant parisien depuis sa plus jeune enfance.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Votre plume est l'épée de l'émotion. Partagez vos coups de génie avec nous.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Elle a des yeux d’acier

Sur le Carnaval de Venise IV