L’oiseau-lyre

Dans sa forêt de
Tasmanie, un oiseau-lyre,

malgré mille splendeurs, éprouvait une angoisse

plus lourde, croyait-il, qu’un récif de corail.

Il fit appel à moi.
Je vins en baleinier,

comme dans l’ancien temps.
Je le trouvai bougon,

jaloux, rongé d’orgueil.
Je lui fis un rapport

sur les autres oiseaux qui apportaient au monde

un sentiment d’apesanteur et d’allégresse.

Bientôt, il m’ordonna de les exterminer.

«
Je ne veux pas de concurrent », ajouta-t-il.

Exerçait-il sur moi un étrange pouvoir ?

Je mis plusieurs années pour accomplir ma tâche.

Je tuai les condors, les pinsons, les palombes,

les macareux, les cormorans, les toucans verts,

les sansonnets.
J’eus même un pincement du cœur

quand, enfin, j’étouffai le dernier colibri.

L’oiseau-lyre conclut : «
J’approuve ; désormais

nous sommes l’un pour l’autre un instrument de gloire.

Si j’ai besoin de toi pour mon éternité,

tu as besoin de moi pour le cri du mystère. »

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