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T.e. lawrence

Il n’était absolument lui-même qu’en souhaitant violemment être un autre.

Sa grandeur fut de considérer les lauriers comme des buissons d’épines.

Ivre de pureté et d’orgueil, toute reconnaissance publique avait à sa bouche un goût d’infamie.

Son héroïsme fut de contester chaque jour son image de héros afin de garder intacte la chance nouvelle d’être héroïque.

À force de se pousser à bout au-dessus de lui-même, il a jeté sa vie aux horizons blessés du monde.

Sa faim d’absolu l’obligeait à s’imposer un état de famine permanente.

Sa liberté d’esprit le contraignait à risquer plus que sa vie.
Comment des généraux, des diplomates et des politiciens auraient-ils pu supporter ce génie ironique qui chaque matin jouait son âme pour que le lever du soleil ait la force et la transparence d’une résurrection?

Après avoir pris la légende à bras-le-corps, il s’en défit comme d’une poignée de sable empoisonné.

Il inventa le suicide par mutilations successives.

Agent fanatique de sa mise à l’écart, il explora le néant des illusions humaines.
Sa fidélité aux réalités nomades passa tout entière alors dans la quête anonyme de n’être rien ni personne.

Il est pourtant cet autre fragile et incorruptible que l’on aime tenir éveillé à nos côtés.
Un peu comme une ombre de lumière qui nous précéderait dans la nuit.

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