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ça vaut cher

Ça vaut cher

Un roi en ses états rassembla bien des gens:

Gentes dames, damoiseaux, chevaliers et manants;

-Oyez, oyez, oyez, damelots, jouvencelles !

-Oyez, oyez, oyez, bons gaultiers et pucelles !

-Votre aimé-souverain voudrait bien sur ses terres,

Pouvoir de temps en temps: <<chasser coqs de bruyère ! >>.

L’animal est furtif et manque de courage,

Se dérobe à la flèche qui vise son plumage.

C’est pourquoi aujourd’hui et dans tout le royaume,

Je veux que mes sujets aillent quérir un homme

Qui saura attirer cette noble volaille,

Afin que votre roi puisse faire ripaille.

-une voix s’éleva: j’en connais un messire,

Et, il saura fort bien, satisfaire vos désirs.

-Morbleu, que dis-tu là ? Est-ce une mortecouille ?

-Que nenni, il s’agit du sieur Jacques Écouille.

-S’il est vrai que cet homme est enchanteur d’oiseaux,

Il aura pour salaire des écus à pleins seaux.

La foule émerveillée est en sidération,

Pour une fois qu’un gueux n’aura pas de guignon

Et, qu’il sera peut-être hissé sur le pavois,

Pour avoir en ce jour su contenter un roi.

-Je veux voir ce maraud, amenez-le céans,

Que l’on puisse, tous ici, admirer ses talents.

Il arriva bien vite pressé par les gens d’armes,

Eux, sur de fiers chevaux et lui sur une carne.

-Sais-tu qu’on dit de toi que tu es fol dingo,

Mais, que tu as le don de parler aux oiseaux.

-On dit n’importe quoi, parler c’est beaucoup dire,

En revanche je sais comment on les attire.

-Peux-tu nous le montrer, là, de suite, sur le champ !

Il sortit de sa poche un petit instrument,

Un tube percé de trous qu’il porta à sa bouche,

Il modula des sons pour que ce tube accouche,

De notes harmonieuses, tel le chant des oiseaux,

Notes enchanteresses issues de ce flûtiau.

Bientôt on vit surgir venant de toute part:

Des pigeons, des bécasses, des grives et canards.

-L’objet est sans pareil, dis-moi, quel est son nom ?

-C’est un appeau seigneur, cousin du mirliton.

-Eh bien ! Je te l’achète, dix mille écus d’argent,

Tu seras courtisé et un homme important !

Le marché fut conclu, signé devant notaire,

Chaque parti pensant avoir fait une affaire.

Cette histoire étonnante fit le tour du pays,

À chaque transaction pour faire baisser le prix,

L’acheteur répétait avec les yeux qui mouillent;

-C’est trop cher mon ami, ça vaut l’appeau D’écouille.

 

Cette expression de la langue française a une histoire et des origines controversées. Le temps et la vox populi ont dévoyé l’expression qui aujourd’hui se comprend et s’écrit autrement: <<ça vaut la peau des couilles>>. Pour lui donner un peu d’originalité j’ai  trouvé amusant de réécrire cette histoire  vrai ou fausse, en vers, (envers et contre tous) la saupoudrant de quelques mots anciens, mais guère usités maintenant.

 

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