Sur le portrait de Mlle La Follote

La douce rêverie et la vivacité,
La gaîté jointe à la décence,
La finesse avec l’innocence,
Et la pudeur avec la volupté,
Voilà quel heureux assemblage
A dû composer votre image.
D’où vient qu’avec plaisir l’œil saisit chaque trait
De cette peinture fidèle ?
C’est qu’on trouve dans le portrait
Ce qu’on chérit dans le modèle.
Que dis-je ? Le pinceau ne parle ici qu’aux yeux :
Où sont ces chants délicieux,
Ces harmonieuses merveilles
Qui ravissent le cœur et flattent les oreilles ?
J’écoute, et n’entends point les accents enchanteurs
De cette voix si légère et si tendre.
Heureusement pour la paix de nos cœurs
L’art de Zeuxis ne peut les rendre.
Son image sur nous aurait trop de pouvoir,
Si le pinceau joignait le bonheur de l’entendre
Au plaisir si doux de la voir.
Et si je pénétrais dans cette âme si pure
Que dans un corps charmant enferma la nature,
Que de sentiments délicats !
Je voudrais bien les peindre ; mais, hélas !
La vertueuse Annette, à sa gloire s’oppose ;
D’un vain renom évitant les éclats,
La modeste pudeur qui dans son cœur repose,
Voile à nos yeux ses innocents appas :
C’est le calice de la rose
Dont le parfum s’exhale et ne se montre pas.

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Par Jacques Delille

Jacques Delille, souvent appelé l’abbé Delille, né à Clermont-Ferrand le 22 juin 1738 et mort à Paris dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 mai 1813, est un poète et traducteur français.

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