Maintenant j’ai grandi

Enfant

j’ai vécu drôlement

le fou rire tous les jours

le fou rire vraiment

et puis une tristesse tellement triste

quelquefois les deux en même temps

Alors je me croyais désespéré

Tout simplement je n’avais pas d’espoir

je n’avais rien d’autre que d’être vivant

j’étais intact

j’étais content

et j’étais triste

mais jamais je ne faisais semblant

Je connaissais le geste pour rester vivant

Secouer la tête

pour dire non

secouer la tête

pour ne pas laisser entrer les idées des gens

Secouer la tête pour dire non

et sourire pour dire oui

oui aux choses et aux êtres

aux êtres et aux choses à regarder à caresser

à aimer

à prendre ou à laisser

J’étais comme j’étais

sans mentalité

Et quand j’avais besoin d’idées

pour me tenir compagnie

je les appelais

Et elles venaient

et je disais oui à celles qui me plaisaient

les autres je les jetais

Maintenant j’ai grandi

les idées aussi

mais ce sont toujours de grandes idées

de belles idées

d’idéales idées

Et je leur ris toujours au nez

Mais elles m’attendent

pour se venger

et me manger

un jour où je serai très fatigué

Mais moi au coin d’un bois

je les attends aussi

et je leur tranche la gorge

je leur coupe l’appétit.

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