L’homme et l’idole de bois

Certain Païen chez lui gardait un Dieu de bois,
De ces Dieux qui sont sourds, bien qu’ayants des oreilles.
Le païen cependant s’en promettait merveilles.
Il lui coûtait autant que trois.
Ce n’étaient que voeux et qu’offrandes,
Sacrifices de boeufs couronnés de guirlandes.
Jamais Idole, quel qu’il fût,
N’avait eu cuisine si grasse,
Sans que pour tout ce culte à son hôte il échût
Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce.
Bien plus, si pour un sou d’orage en quelque endroit
S’amassait d’une ou d’autre sorte,
L’homme en avait sa part, et sa bourse en souffrait.
La pitance du Dieu n’en était pas moins forte.
A la fin, se fâchant de n’en obtenir rien,
Il vous prend un levier, met en pièces l’Idole,
Le trouve rempli d’or : Quand je t’ai fait du bien,
M’as-tu valu, dit-il, seulement une obole ?
Va, sors de mon logis : cherche d’autres autels.
Tu ressembles aux naturels
Malheureux, grossiers et stupides :
On n’en peut rien tirer qu’avecque le bâton.
Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides :
J’ai bien fait de changer de ton.

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Jean de La Fontaine Apprenti Poète

Par Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est un poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et dans une moindre mesure pour ses contes.

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