Elle va à la pension…

Elle va à la pension du Sacré-Cœur.

C’est une belle fille qui est blanche.

Elle vient en petite voiture sous les branches

des bois, pendant les vacances, au temps des fleurs.
Elle descend le coteau doucement. Sa charrette

est petite et vieille. Elle n’est pas très riche

et elle me rappelle les anciennes familles

d’il y a soixante ans, gaies, bonnes et honnêtes.
Elle me rappelle les écolières d’alors

qui avaient des noms rococos, des noms de livres

de distribution des prix, verts, rouges, olives,

avec un ornement ovale, un titre en or :
Clara d’Ellébeuse, Éléonore Derval,

Victoire d’Étremont, Laure de la Vallée,

Lia Fauchereuse, Blanche de Percival,

Rose de Liméreuil et Svlvie Laboulaye.
Et je pense à ces écolières en vacances

dans des propriétés qui produisaient encor,

mangeant des pommes vertes, des noisettes rances

devant le paon du parc frais, noir, aux grilles d’or.
C’était de ces maisons où il y avait table ouverte.

On y mangeait beaucoup de plats et on riait.

Par la fenêtre on voyait la pelouse verte

et la vitre, quand le soleil baissait, brillait.
Et puis un beau jeune homme épousait l’écolière

— une très belle fille qui était rose et blanche —

et qui riait quand au lit il baisait sa hanche.

Et ils avaient beaucoup d’enfants, sachant les faire.
1889.

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