À une petite Chanteuse des rues

Mon père est oiseau,

Ma mère est oiselle,

Je passe l’eau sans nacelle,

Je passe l’eau sans bateau.

Victor Hugo.

Enfant au hasard vêtu,

D’où viens-tu

Avec ta chanson bizarre ?

D’où viennent à l’unisson

Ta chanson,

Ta chanson et ta guitare ?
Tu livres au doigt vermeil

Du soleil,

Qui les dore et les caresse,

Tes longs cheveux emmêlés,

Crespelés

Comme ceux d’une Déesse.
D’où vient ce front soucieux,

Ces grands yeux,

Ces chairs dont la transparence

Fait voir parmi les couleurs

De cent fleurs

Des tons dignes de Lawrence ?
Viens-tu du pays serein

Où le Rhin

Baise les coteaux de vignes,

Dont le feuillage mouvant

Tremble au vent,

Et serpente en longues lignes ?
Viens-tu du pays riant

D’Orient,

De Sorrente aux blondes grèves,

Ou de Venise au ciel bleu

Tout en feu,

Ou du blond pays des rêves ?
Avec son hardi carmin,

Quelle main

A pourpré pour les féeries

Tes lèvres, ces fruits brûlants,

Plus sanglants

Que des grenades fleuries ?
Est-ce bien toi, cet enfant

Triomphant,

Dont le père, ouvrant son aile,

Au fond d’un nid de roseau

Fut oiseau,

Dont la mère fut oiselle ?
Belle fille aux cheveux d’or,

Est-ce encor

Toi, qui, rieuse et fantasque,

Faisais voltiger en l’air

Un éclair

Avec ton tambour de basque ?
Toi, la Bohême à l’oeil noir

Qui, le soir,

D’une dorure fanée

Serrais ton ample chignon, –

Et Mignon

Est-elle ta sœur aînée ?
Ou plutôt, courant au bois,

Et sans voix

Pour un brin d’herbe qui bouge,

Interdite à chaque pas,

N’es-tu pas

Le petit Chaperon-Rouge,
Qui fit même des jaloux

Chez les loups,

Et qui, portant sa galette

Chez la bonne mère grand,

En entrant

Faisait choir la bobinette ?
Mais non, aux divins attraits

De tes traits

Et de ta voix, je devine

L’enfant comblé des faveurs

Des rêveurs,

La folâtre Colombine.
Mais où sont tes beaux souliers,

Tes colliers

Qui font rêver les fillettes ?

Où sont le bel or changeant

Et l’argent

De tes jupes à paillettes ?
Et le souple casaquin

D’Arlequin ?

Et Cassandre et sa fortune ?

Où Pierrot, l’homme subtil,

Cache-t-il

Sa face de clair de lune ?

Mars 1845.

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