Il y a un petit cordonnier…

À Stéphane Mallarmé

Il y a un petit cordonnier naïf et bossu

qui travaille devant de douces vitres vertes.

Le dimanche il se lève et se lave et met sur

lui du linge propre et laisse la fenêtre ouverte.
Il est si peu instruit que, bien que marié,

il ne parle jamais, paraît-il, sur semaine.

Je me demande si le Dimanche, quand ils promènent,

il parle à sa femme vieille et toute courbée.
Pourquoi fabrique-t-il des souliers, marchant peu ?

Ah !… Il fait son devoir et fait marcher les autres.

Aussi il y a une pureté dans le petit feu

qui s’allume chez lui et luit comme de l’or.
Aussi, lorsqu’il mourra, les gens au cimetière

le porteront, lui qui les aura fait marcher.

Car Dieu aime bien les pauvres et les pierres

et lui donnera la gloire d’être porté.
Ne riez pas ! Qu’est-ce que tu as fait de bon ?

Tu n’as pas la douceur de cette lueur verte

qui passe doucement par la vitre entr’ouverte

où il taille le cuir et croise les cordons.
Crois-tu donc, toi qui mets des ornements,

et parce que tu plais à des femmes en parfum,

que tu as sur le front ce vert rayonnement

d’une douleur triste et douce comme une chanson ?
Ô petit cordonnier ! cloue tes clous encore longtemps.

Les oiseaux qui passeront au doux printemps

ne regarderont pas plus les couronnes de roi

que ton vieux couteau qui coupe le pauvre pain noir.

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