Chanson à boire

Allons en vendanges,

Les raisins sont bons !

Chanson.

De ce vieux vin que je révère

Cherchez un flacon dans ce coin.

Çà, qu’on le débouche avec soin,

Et qu’on emplisse mon grand verre.
Chantons Io Paean !
Le Léthé des soucis moroses

Sous son beau cristal est enclos,

Et dans son cœur je veux à flots

Boire du soleil et des roses.
La treille a ployé tout le long des murs,

Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !
Jusqu’en la moindre gouttelette,

La fraîche haleine de ce vin

Exhale un parfum plus divin

Qu’une touffe de violette,
Chantons Io Paean !
Et, dessus la lèvre endormie

Des pâles et tristes songeurs,

Met de plus ardentes rougeurs

Que n’en a le sein de ma mie.
La treille a ployé tout le long des murs,

Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !
A mes yeux, en nappes fleuries

Dansantes sous le ciel en feu,

L’air se teint de rose et de bleu

Comme au théâtre des féeries ;
Chantons Io Paean !
Je vois un cortège fantasque,

Suivi de cors et de hautbois,

Tourbillonner, et joindre aux voix

La flûte et les tambours de basque !
La treille a ployé tout le long des murs,

Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !
C’est Galatée ou Vénus même

Qui, dans l’éclat du flot profond,

Se joue et me sourit au fond

De mon grand verre de Bohême.

Chantons Io Paean !

Cette autre Cypris, plus galante,

Naît du nectar si bien chanté,

Et laisse voir sa nudité

Sous une pourpre étincelante.

La treille a ployé tout le long des murs,

Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !

Plus d’amante froide ou traîtresse,

Plus de poëtes envieux !

Dans ce grand verre de vin vieux

Pleure une immortelle maîtresse,

Chantons Io Paean !

Et, comme un ballet magnifique,

Je vois, dans le flacon vermeil,

Couleur de lune et de soleil,

Des rhythmes danser en musique !

La treille a ployé tout le long des murs,

Allez, vendangeurs, les raisins sont mûrs !
Septembre 1844.

Voter pour ce poème!

Théodore de Banville Apprenti Poète

Par Théodore de Banville

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du bonheur ».

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Chaque commentaire est une page de l'histoire poétique de notre forum. Écrivez votre chapitre, tel un Camus des vers.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

La Princesse de Lamballe

Qui me peut réjouir puisque tu gis malade