Pierrots, II

Le coeur blanc tatoué
De sentences lunaires,
Ils ont : ‘ Faut mourir, frères ! ‘
Pour motd’ordreÉvohé.

Quand trépasse une vierge,
Ils suivent son convoi,
Tenant leur cou tout droit
Comme on porte un beau cierge.

Rôle trèsfatigant,
D’autant qu’ils n’ont personne
Chez eux, qui les frictionne
D’un conjugal onguent.

Ces dandys de la Lune
S’imposent, en effet,
De chanter t s’il vous plaît ?
De la blonde à la brune.

Car c’est des gens blasés ;
Et s’ils vous semblent dupes,
Çà et là, de la Jupe
Lange à cicatriser,

Croyez qu’ils font la bête
Afin d’avoir des seins,
Pisaller de coussins
A leurs savantes têtes.

Écarquillant le cou
Et feignant de comprendre
De travers, la voix tendre,
Mais les yeux si filous !

D’ailleurs, de moeurs trèsfines,
Et toujours fort corrects,
(École des cromlechs
Et des tuyaux d’usines).

Recueil : L’Imitation de N.D la Lune

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Jules Laforgue Apprenti Poète

Par Jules Laforgue

Jules Laforgue né le 16 août 1860 à Montevideo et mort le 20 août 1887 à Paris, est un poète franco-uruguayen symboliste. Connu pour être un des inventeurs du vers libre, il mêle, en une vision pessimiste du monde, mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

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Enfant, j’ai quelquefois passé des jours entiers

Ode