D’un passé

Je méritais, j’en suis sûr, la potence.
Je séjournais souvent dans les prisons.

Le cœur des femmes, cela pense

sans qu’intervienne la raison.

J’étais un gigolo plein de tendresse, main de batiste et regard souteneur.

Les dieux du lit, même s’ils laissent

dans la mémoire une rancœur,

ne sont-ils pas plus éternels,
Mesdames, que vos maris de plomb ?
La guerre est là,

tigresse ou pieuvre ; on me réclame

pour la couvrir de falbalas,

de jeux dans les tranchées.
Pauvres dentelles !
Mourir?
Je me montrais indifférent.

Tuer, souffrir ?
Ma clientèle

se recrutait parmi les rangs.

Quand on est agent double, un capitaine ne se distingue pas d’un vieux mégot.

Toute agonie est une aubaine :

la trahison nous fait égaux.

Dans le conflit, je n’étais responsable

que de mon corps : jugez si c’est beaucoup!

La paix venue, j’avais mes fables

et mes putains autour du cou.

J’en épousais plusieurs, malgré mes rides, peut-être autour de l’âme, au bon endroit.

Je préférais, garces frigides,

les madones du feu, du froid,

de la neige, du vent : déesses roses

qui ont dans l’œil comme un bateau perdu.

Je divorçais : métamorphose,

l’absurde a ses malentendus,

ses à-peu-près, ces grincements timides.

Je me perdais dans quelque port ouvert aux lèvres jaunes, qui se vide quand les requins font un concert

de crânes défoncés.
Une roulette

par trente à l’ombre, et les soupirs manchots, l’esprit trop court, l’âme trop blette, le portefeuille et le cœur chaud :

que fallait-il de plus au dilettante ?
Je me jouais à pile ou face, nu,

un doigt posé sur la détente :

quelque noceur, un inconnu

m’aiderait ce soir-là dans mon suicide.
Un as de pique accordait le pardon.

L’arbre se tait, l’azur décide

et l’existence est un bidon

qui pavé à pavé perd son pétrole.
Je voulais enseigner l’art de mentir

à des bourgeois, tous bénévoles

pour préparer un avenir

à cette humanité si peu humaine, qui ne distingue plus le bien du mal.
L’esprit n’étant pas mon domaine, je me masquais : j’étais le bal.

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