Terreur gratuite

Je me fuis jusqu’au bout de l’horizon, dans le refus de me connaître.

Je suis pour moi le pire des poisons : doute, ciguë, salpêtre.

Je me dissous, la nuit, dans l’océan, et en plein jour, dans la rivière.

Je suis pour moi un inconnu béant, ou parfois la civière,

quand, maladroit, je me donne la mort avec l’espoir que c’est pour rire ;

à l’hôpital, on me prête le corps d’un fou, mais je respire :

ne plus être moi-même et regarder avec des yeux qui me dérangent !

Je suis l’absent et la face du dé ; je suis la bête de rechange,

qui se méprise pour sauver l’orgueil

et se préfère aliénée.
Je répudie ce qui n’est point mon deuil :

mon âme n’est pas née.

puisque pour un morceau de pain moisi tous les matins je l’abandonne.
Je ne suis qu’un objet : on me choisit comme un vieux téléphone,

un violon, un chapeau pour l’été, un feuilleton privé de suite.
Je suis heureux, sans mon identité, de ma terreur gratuite.

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