Tel soir fané, telle heure éphémère suscite

Tel soir fané, telle heure éphémère suscite
Aux miroirs de mon âme un souvenir de site ;
Sites recomposés, qu’on eût dit oubliés :
D’un canal mort avec deux rangs de peupliers

Dont les feuilles vont se cherchant comme des lèvres ;
Et d’une âpre colline où de bêlantes chèvres,
Dont le cri se déchire aux épines aussi,
S’appellent l’une l’autre, et d’un air si transi !

Décor surtout des quais dormants en enfilade,
Pignons, rampes de bois pardessus l’eau malade
Où chaque feu miré se délaye en halo,
Fragile et fugitif maquillage de l’eau

Qui, sous un heurt de vent, tout à coup s’évapore
Et fait que l’eau se mue en sommeil incolore !
Sites instantanés, comme à peine rêvés,
En contours immortels je les ai conservés

Et je les porte en moi, depuis combien d’années !
Seul un ciel identique, aux pâleurs surannées,
Triste comme celui qui me les faisait voir,
Les a ressuscités de moimême ce soir ;

Et c’est ainsi toujours qu’au hasard des nuages
Revivent dans mon coeur de souffrants paysages !

Le règne du silence

Voter pour ce poème!

Georges Rodenbach Apprenti Poète

Par Georges Rodenbach

Georges Rodenbach, né le 16 juillet 1855 à Tournai et mort le 25 décembre 1898 à Paris, est un poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXᵉ siècle.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Chaque commentaire est une goutte de pluie dans notre océan de poésie. Ajoutez votre averse, à la manière de Hugo.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Évocation

Trains dans la banlieue ouest