Ce soir, quand la ville engourdie…

A qui je pense, hélas! Loin du toit où vous êtes ?

Enfants, je pense à vous……

VICTOR HUGO
Ce soir, quand la ville engourdie

S’éveille à l’heure où le jour fuit,

La strada se remplit de bruit,

Le golfe au soleil s’incendie.
Et par l’ombre enfin enhardie,

Dès que Venus dans le ciel luit

Au premier souffle de la nuit

S’ouvre la fenêtre agrandie.
Les enfants sont là, seuls, en deuil :

De sa frêle voix cristalline,

Bébé chante : « A la Mergelline… »
Ninon guette leur père au seuil,

Et, laissant les jeux éphémères,

Margot songe aux devoirs des mères.
II.
Car, ô pauvres parents navrés,

Si l’enfant bien-aimé succombe,

Vous suivez presque la colombe

Dans son vol aux cieux azurés,
Et vous savez que vous irez

Rouvrir bientôt pour vous sa tombe ;

Mais, quand c’est la mère qui tombe

Laissant les siens désespérés…
Celui qu’un tel chagrin dévore,

En deuil aussi, plus seul encore,

Au retour sonde l’horizon.
Père, époux, sa peine est pareille :

Ses enfants, nul ne les surveille,

Et plus de femme à la maison !

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Louisa Siefert Apprenti Poète

Par Louisa Siefert

Louisa Siefert, née à Lyon le 1er avril 1845 et morte à Pau le 21 octobre 1877, est une poétesse française.
Louisa Siefert (1845 - 1877) était une poétesse française qui a laissé une poésie empreinte de douleur mais soutenue d’un vif spiritualisme protestant. Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès. En 1870, Rimbaud s'en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard : « J'ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite […]. C'est aussi beau que les plaintes d'Antigone dans Sophocle.»

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