Lune

Comme aux Cieux elle étincela,

Je la contemplai d’un oeil mâle,

Et la Lune me fit de la

Peine, tant je la voyais pâle.
Elle souffrait, j’en étais sûr,

Et sa face, comme assoupie,

Ressemblait à ce papier sur

Lequel on fait de la copie.
Au haut des célestes pourpris,

Avec ses pâleurs d’avalanche

Et de houppe à poudre de riz,

Elle était très blanche, oh! si blanche!
J’en sentais un trouble à mon flanc.

Voyant cela, je lui dis: Lune,

Quel est ce visage si blanc?

Car enfin, de deux choses l’une,
Ou tu défailles ou tu meurs,

L’âme épuisée et comme antique,

Ou bien c’est, pour plaire aux rimeurs,

Un déguisement romantique.
En tout cas, astre, hélas! transi

Devant le nuage qui bouge,

Par décence, au lieu d’être ainsi,

Tu devrais mettre un peu de rouge!
Mais la Lune aux lèvres d’argent

Me dit, sans être intimidée,

Avec un sourire engageant:

Du rouge! Eh! oui, c’est une idée,
Et l’on en met à Singapour.

Moi j’aime peu qu’on me diffame,

Et je me ferais passer pour

Etre aussi folle qu’une femme!
29 septembre 1888.

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Théodore de Banville Apprenti Poète

Par Théodore de Banville

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du bonheur ».

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