Le vieux

C’est un grand vieux au dos voûté
– Figure osseuse et gros nez croche –
Qui cherche, d’un air embêté,
Quelque chose au fond de ses poches.

Son œil s’illumine ; il s’assoit.
Il a retrouvé sa torquette
Et la coupe en tremblant des doigts.
Sa face redevient muette.

Il a plus de quatre-vingts ans,
« Trente-sept » il se le rappelle.
Que de précieux documents
On tirerait de sa cervelle !

De sa main droite le vieillard
Roule le tabac dans sa paume.
– « Contez-nous donc, père Sicard,
Vos aventures de jeune homme. »

Lentement il lève le front,
Et lorsque sa pipe est chargée,
D’une voix traînante il répond :
« Les affaires sont bien changées ! »

Dans un fauteuil il s’est calé
Et son regard figé retombe.
Déjà son secret est scellé
Aussi bien que dans une tombe.

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Alphonse Beauregard Apprenti Poète

Par Alphonse Beauregard

Né à La Patrie (Compton en Québec) le 5 janvier 1881, Alphonse Beauregard doit abandonner ses études à la mort de son père. Il pratique alors divers métiers, tout en publiant des poèmes dès 1906 dans quelques journaux et revues (parfois sous pseudonyme de A. Chasseur). Il prend une part active à la rédaction du Terroir et devient secrétaire de l'école littéraire de Montréal, tout en travaillant comme commis au port de Montréal. À peine élu président de l'école, il meurt asphyxié au gaz le 15 janvier 1924. Son poème « Impuissance » est paradoxalement un des plus puissants de cette époque.

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