Oraison

Mort printanière. Nous t’avons donné notre plus belle femme. Femme-scandale qui a osé lever la main sur le Temple de servitude. Elle avait une voix toute neuve pour chanter nos amours inédites. Elle savait prédire les tempêtes et les jours de soleil et, quand elle riait, les corbeaux de notre tristesse prenaient la fuite

Tôt levée, elle était tantôt dans les champs, traçant les sillons parfaits de la révolte, indiquant les chemins solidaires, tantôt dans les usines, offrant les muguets de la force, triant les fruits des luttes exemplaires. Dans les écoles, elle était toute fière d’être l’ambassadrice des champs et des usines Elle était dure à la tâche d’ensemencement et d’intelligence Femme-creuset. Femme peuple

Grièvement atteints

par ta faim incommensurable

nous avons divorcé avec l’oubli

Saïda

Petite sœur immaculée

épouse de la mort printanière

nous te promettons

d’être durs

impitoyables lorsque sonnera l’heure des châtiments et qu’il s’agira de traîner devant le tribunal du peuple les bourreaux de ta jeunesse Nous te promettons d’être bons

d’une extrême douceur

lorsqu’il s’agira d’édifier la patrie de la faim immortelle

Maison centrale de Kénitra, décembre 1977

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André Velter Apprenti Poète

Par Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi, né à Fès en 1942, est un poète, écrivain et traducteur marocain. Il a fondé en 1966 la revue Souffles qui jouera un rôle considérable dans le renouvellement culturel au Maghreb. Son combat lui vaut d'être emprisonné de 1972 à 1980.

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